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Bilan du projet « Centenaire Charles Péguy »
Article mis en ligne le 11 novembre 2014
dernière modification le 8 janvier 2015

par F. Kuszel

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Serge Bouhnik, professeur de français au lycée Charles Péguy, dresse le bilan du projet du « Centenaire Charles Péguy » dans une interview parue dans le site officiel Charles Péguy :

 

Orléans. A la découverte de celui qui a donné son nom au lycée. (le 17/04/2014)
Ce vendredi 18 avril, le lycée Charles Péguy d’Orléans organise une table-ronde intitulée "Comment enseigner Charles Péguy au XXIème siècle". Ce rendez-vous fait partie des nombreuses et remarquables manifestations prévues dans cet établissement pour marquer le centenaire de la mort de Péguy. Serge Bouhnik, professeur de français, est avec Marc Thirot, professeur d’anglais et Sophie Duval, professeure documentaliste, le principal initiateur de ces événements péguystes. Il a accepté de répondre aux questions de l’Amitié Charles Péguy. Interview.


Amitié Charles Péguy  : Vous organisez de nombreuses manifestations pour le centenaire de la mort de Péguy dans votre lycée. Qu’est-ce qui vous a motivé à le faire ?


Serge Bouhnik : Ce qui nous a intéressés, c’est la concomitance des commémorations en 1914 : celles du début de la Première Guerre mondiale et celles de la mort de la Charles Péguy. Cela nous a semblé être une circonstance intéressante permettant d’attirer l’attention de nos élèves à la fois sur la Grande Guerre et sur Charles Péguy, qui a donné son nom à notre établissement.


Amitié Charles Péguy  : Quel a été l’accueil des élèves et de la direction à votre initiative ?


Serge Bouhnik : Au départ, les élèves ont vu cela comme un travail purement scolaire. Et puis, peu à peu, les activités proposées leur ont permis de s’intéresser davantage à Charles Péguy et à l’entrée en guerre de la France en 1914. Ils n’avaient pas d’a priori sur ces sujets. Et d’une certaine manière, ça les a amusés, ça les a intéressés de découvrir qui était cet homme dont leur lycée portait le nom. Et ça les a même motivés.
Quant à la direction, elle a d’emblée manifesté son intérêt. Et je dois reconnaître avoir été appuyé à toutes les étapes de mon projet. Pour vous donner un exemple concret : au début du voyage de mémoire que nous avons fait à travers les lieux importants de la guerre de 14 (voyage à Péronne, à Ypres en Belgique, puis à Londres en Grande-Bretagne – voir ici), nous avons fait une escale à Villeroy pour déposer une gerbe au monument où est enterré Charles Péguy. Or, le proviseur du lycée, M. Serge Cimolino a pris sa voiture à 7h00 du matin et a fait les 200 kilomètres entre Orléans et Villeroy pour être là au moment où nous déposerions la gerbe. C’est la preuve d’une participation très active. Dans le même esprit, le proviseur, philosophe de formation, a tenu à participer à la table-ronde organisée ce vendredi (18 avril). Il s’est plongé dans l’oeuvre de Péguy, afin de réfléchir à l’apport de cet auteur dans le domaine philosophique.


Amitié Charles Péguy : Dans toutes ces initiatives, qu’est-ce qui intéresse le plus les élèves et qu’est-ce qui vous motive, vous, le plus : la dimension littéraire ou la dimension historique ?


Serge Bouhnik : Les deux ! Au départ, nous avons affaire à un inconnu qui porte un nom connu à Orléans mais qui fondamentalement est inconnu. D’où cette difficulté : comment faire pour l’aborder ? Notre idée, ça a été de recourir à différents angles, différentes approches : l’approche littéraire, historique et géographique. Il y a eu par exemple le parcours dans la ville d’Orléans qui a permis de voir les signes de la présence de Péguy dans le patrimoine local, ou encore le séjour commémoratif. Notre idée, c’est d’aller tous azimuts. Evidemment, c’est un peu plus compliqué avec la philosophie mais néanmoins, dans la table-ronde, nous avons invité les élèves de terminale littéraire à venir assister à cet événement parce qu’eux suivent un cours de philosophie. Ils seront donc plus à même de comprendre l’apport philosophique de Charles Péguy. De la même façon, nous terminerons la table-ronde sur l’évocation des différents sites internet qui s’attachent à entretenir la mémoire de Charles Péguy, à montrer l’actualité de sa pensée en 2014. On veut éviter tout cloisonnement. Preuve de cette diversité, les principaux organisateurs de ce projet, en plus de moi, sont une professeure documentaliste, Madame Duval, et un professeur d’anglais, monsieur Thirot. Notre idée, c’était de montrer, à travers des approches très variées, la richesse de l’apport de Charles Péguy.


Amitié Charles Péguy : Concernant les enseignants, que connaissaient-ils de Charles Péguy ?


Serge Bouhnik : La majorité de mes collègues de lettres et d’histoire-géographie ont à peu près le même âge que moi (la cinquantaine). Ils sont passés par cette tradition purement scolaire du Lagarde et Michard. Donc ils avaient une petite connaissance de Charles Péguy, sans avoir forcément une appétence pour sa pensée et son oeuvre.


Amitié Charles Péguy : Votre initiative a-t-elle fait changer quelques points de vue sur Charles Péguy ?


Serge Bouhnik  : On l’espère. C’est en tout cas l’un des objectifs de la table-ronde. Cette manifestation s’adresse en priorité aux adultes de l’établissement (enseignants, parents d’élèves) ainsi qu’aux élèves des premières et terminales littéraires. On souhaiterait que les différentes interventions permettent de dépasser certains stéréotypes, certaines idées toutes faites. Moi, ce qui m’intéresse particulièrement chez Charles Péguy, c’est que ce n’est pas un auteur lisse. Il est l’objet de controverses, il est complexe dans son cheminement, il est aussi sans doute contradictoire. Je préfère m’intéresser à une personnalité qui suscite le débat plutôt qu’un écrivain que tout le monde admire un peu béatement.


Amitié Charles Péguy : Concernant les élèves, que connaissaient-ils de Charles Péguy ?


Serge Bouhnik : Absolument rien. Pour eux, c’était un nom, au mieux un auteur mais un auteur dont ils n’avaient jamais lu une ligne. Certes, on est à Orléans, certains ont quand même une vague connaissance : peut-être étaient-ils allés visiter le centre Charles Péguy avec leur collège ou avec leurs parents… Mais globalement, ils n’avaient quasiment aucune culture sur Charles Péguy.


Amitié Charles Péguy : Quand les élèves quitteront votre lycée, qu’est-ce que vous aimeriez qu’ils retiennent de Charles Péguy ?


Serge Bouhnik  : Il y aura sans doute les souvenirs de ce que nous avons partagé cette année. Mais plus largement, j’aimerais qu’ils aient, plutôt que des idées assurées, des interrogations. J’aimerais qu’ils aient envie de prolonger, d’approfondir une réflexion… Ce n’est sans doute pas maintenant que cela se fera, mais plus tard, dans une dizaine, une quinzaine d’années. Etant devenus adultes, ils repenseront à ce projet et qui sait, peut-être voudront-ils revisiter le centre Charles Péguy ou participer à une nouvelle manifestation ? C’est donc comme une petite graine que nous plantons aujourd’hui pour que cela germe, peut-être, plus tard…


Propos recueillis par Olivier Péguy